Les archives de Jean Saint-Arroman

Le 10 décembre 2013, le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation a reçu un nouveau don. Jean-Claude Melet a en effet décidé de confier une partie de ses archives familiales au Musée.

L’histoire de Jean Saint-Arroman

Jean Saint-Arroman (1925-1945) est originaire d'Escatalens (Tarn-et-Garonne). Employé à la gare de Montauban, il est agent de liaison dans la Résistance. Il porte des messages entre le maquis de Montech et un professeur de musique à Montauban. Lors d’une mission en mai 1944, Saint-Arroman est arrêté . Comme beaucoup de résistants interpellés en Midi-Pyrénées à ce moment-là, il est transféré à la Gestapo de Toulouse. Détenu à la caserne Compans-Caffarelli puis à la prison Saint-Michel, le jeune résistant apprend finalement qu’il va être déporté. Il écrit à ses parents le 14 juin 1944 pour les informer de son transfert. Malgré sa situation, sa lettre demeure pleine d’enthousiasme : « Je pars pour une destination inconnue […] J’ai maigri, je suis beau garçon, pâle mais heureux. […] Je serai là bientôt. Je vous ferai connaître mon nouveau lieu s’il m’est possible de recevoir des colis de vivres. Ayez bon courage. À bientôt. Gros baisers surtout à maman qui me manque beaucoup. Jeannot. »

Le 15 juillet 1944, il est déporté depuis Compiègne vers le camp de concentration de Neuengamme (Nord de l’Allemagne). Il devient le matricule 36 424. Au printemps 1945, le camp est libéré par les troupes britanniques. Atteint du typhus, Jean Saint-Arroman annonce pourtant dans une lettre son retour à sa famille.

« Après un an de malheur, j’obtiens l’autorisation, grâce aux Alliés qui nous ont délivrés dimanche 29 avril, de vous envoyer de mes nouvelles. […] j’ai subi les plus grandes souffrances : la faim, le froid, le travail, la trique sur le dos. Mais comme vous le savez tous, le chien était solide, ils ont eu ma graisse mais pas ma peau […] J’ai eu de bons camarades malheureusement, beaucoup sont morts. C’est à toi maman chérie à qui j’ai bien pensé, je te voyais souffrir en pensant à moi, en voyant papa partir travailler seul, patience, j’arrive […] ».

Mais il meurt le 19 juin 1945 à l’hôpital de Neuenkirchen avant son rapatriement. Jean Saint-Arroman est déclaré « Mort pour la France ».

Pourquoi ce don est-il précieux ?

Les documents confiés au Musée par Jean-Claude Melet sont intéressants à plus d’un titre. D’abord, les lettres de Jean Saint-Arroman, écrites en prison ou en déportation, permettent de retracer au plus près son parcours de résistant, victime de la répression. L’Histoire est faite par des individus qui mettent leur vie au service de l’intérêt général. Ces lettres sont l’occasion de comprendre les sentiments qui les animent à des moments critiques de leur existence. Ils permettent d’humaniser, de personnaliser notre histoire commune.

Ensuite, ces archives sont des témoignages essentiels de la prison Saint-Michel durant l’occupation (alors que les archives ont été détruites), sur la Déportation et la libération des camps. Il est assez rare que l’on découvre aujourd’hui des documents issus des camps.

Enfin, après réception du don, nous avons constaté que Jean Saint-Arroman apparaissait dans les archives de la Commission d’enquête des crimes de guerre ennemis, conservées au Musée. Ces archives n’évoquaient que son arrestation. Grâce au don de M. Melet, il nous est aujourd’hui possible de croiser les sources et reconstituer le parcours et l’histoire de ce résistant.

 

Détail du don

- Lettre écrite à la prison Saint-Michel le 14 juin 1944

- Lettre écrite au camp de Neuengamme le 18 août 1944

- Lettre annonçant son retour en France écrite le 15 mai 1945

- Portrait photographique de Jean Saint-Arroman