Les poèmes de Niquou

Jeanine Messerli, résistante déportée à Ravensbrück, a été l’une des voix, l’un des témoins incontournables du Musée. En juillet 2015, elle confie au Musée une partie de ses souvenirs à travers un don exceptionnel.

Une jeune Toulousaine en résistance

Jeanine Morisse, épouse Messerli, est née le 19 mai 1921 à Auch (Gers). Étudiante aux Beaux-arts à Toulouse, « Niquou » (son surnom) entre en résistance et devient agent de liaison pour le réseau « Prunus » en 1943. Elle transporte des armes, des postes émetteur-récepteur, des messages entre le chef du réseau et l’opérateur radio. Dénoncée, elle est arrêtée le 13 avril 1943 à Toulouse par la Gestapo. Elle est internée à la prison militaire de Furgole puis transférée à la prison de Fresnes à Paris en mai 1943.

Jeanine Messerli est déportée au camp de Ravensbrück par le convoi du 31 janvier 1944. Elle est libérée le 25 avril 1945 et rentre en France dans un état d’extrême faiblesse. Elle pèse alors 26 kilos.

Créer pour survivre

Durant son internement à Fresnes et pendant sa déportation, Jeanine Messerli ne cesse d’écrire et de composer de petits textes (prières, chants ou poèmes). Elle perpétue ainsi une habitude d’avant-guerre : à Toulouse, elle joue et chante dans un théâtre rue du Taur. En prison, n’ayant rien pour noter, elle crée de tête et se répète encore et encore ses poèmes. Niquou les met par écrit seulement après son retour d’Allemagne. À Ravensbrück, Jeanine continue de composer et d’écrire clandestinement. Elle réussit à voler du plastique pour se faire une petite pochette où elle cache ses poèmes et ses notes.

Affectée au kommando de travail à l’usine de Schlieben, Niquou y vole du papier et un crayon sur lequel elle rédige deux poèmes "Alerte" (image 4) et "Mes vingt ans" (image 5). Créer lui permet de s'échapper du camp et de l'horreur temporairement. Cela lui permet aussi de se rattacher à sa vie d'avant, à garder le moral face à ses souffrances. C'est une forme de résistance inconsciente à la volonté des nazis de briser, d'humilier et de déshumaniser les déportés.

Détail du don

1 - Tenue de déporté de Jeanine Messerli à Ravensbrück.

2 - Chemise utilisée comme sous robe par Jeanine Messerli à Ravensbrück.

3 - Petits mots secrets écrits sur du tissu et cachés dans les ourlets du linge que Jeanine envoyait à sa famille depuis la prison de Fresnes où les détenus avaient le droit de recevoir des colis.

4 et 5 - Papier recto-verso sur lequel Jeanine Messerli a écrit les poèmes "Mes vingt ans" et "Alerte".