La carte d'identité de Mina Lonker

Avant guerre, Mindel Lonker dite "Mina" se réfugie en France pour fuir les nazis. La guerre et les persécutions antisémites la rattrapent…

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Ce modèle de carte date de 1938. Il porte encore, au recto, la mention « République Française ». En raison de la pénurie, le régime de Vichy continue d’utiliser les mêmes documents. Cette carte contient beaucoup d’informations, à la manière d’un livret de famille. Une fois dépliée, elle comporte sept volets recto/verso ; ceci afin d’y faire figurer tout changement de situation. On remarque que la photo est prise de profil, comme sur les photographies d’arrestation. C’est un véritable fichage dans une logique de contrôle policier de la population. Conformément à la loi du 11 décembre 1942 « relative à l’apposition de la mention « juif » sur les titres d’identité délivrés aux israélites français et étrangers », le tampon « Juif » en rouge figure de chaque côté du document. Cette mesure de marquage fait écho au port de l’étoile jaune mise en place par les Allemands en zone occupée, mais non appliquée en zone non occupée.

Une famille juive en Haute-Garonne pendant la seconde guerre mondiale…

Cette carte d’identité appartient à Mindel Lonker, née Berger. Originaire de Mannheim (Allemagne), elle immigre en France avec son époux Otton. Ils s’installent à Graulhet (Tarn) et ont trois enfants nés en France. Rachel, Myriam et Daniel sont d’ailleurs signalés sur cette carte. Ils sont pourtant considérés comme polonais car le droit du sol a été supprimé par le gouvernement de Pétain. Pour les sauver, Otton et Mindel les cachent avant de fuir la France. Mais ils sont arrêtés en janvier 1943 alors qu’ils tentent de passer la frontière espagnole. Internés à Perpignan, ils sont transférés au camp de Drancy. Avant d’être déporté, Otton écrit sur l’un des murs : « Lonker Otton / Lonker Mindel / déportés le 11 février 1943 / destination inconnue / Vive la France » . Le 11 février 1943, ils sont déportés par le convoi n°47 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne). Mindel est assassinée le 16 février 1943, Otton meurt le mois suivant. Grâce à la décision de leurs parents, les enfants de Mindel et Otton n'ont pas été arrêtés et sont restés cachés jusqu’à la fin de la guerre.

Les persécutions antisémites en région toulousaine

Dès octobre 1940, le gouvernement de Vichy promulgue la première loi « portant sur le statut des juifs ». Le recensement est rendue obligatoire par la loi du 2 juin 1941 puis, en 1942, l’apposition de la mention « Juif » sur tous les papiers d’identité et cartes d’alimentation. Les mesures antisémites s’enchainent jusqu’en 1944 et sont accompagnées d’une violente propagande. Cette politique vise à exclure les juifs de la société, préparant les arrestations et les déportations. Le Tarn, comme la Haute-Garonne, se trouve en zone non-occupée. Jusqu’en novembre 1942, il n’y a pas d’Allemands dans cette zone. Les mesures antisémites sont donc instaurées et appliquées par les autorités françaises. Aujourd’hui, la présence de ce document dans les collections du Musée nous permet d’évoquer les persécutions antisémites voulues par le gouvernement de Vichy. Il a fallu pourtant 50 ans pour reconnaitre officiellement la participation du gouvernement français à la déportation des juifs depuis la France.

 

Nature : Carte d’identité d’étranger délivrée à Graulhet par la préfecture du Tarn.
Date : 18 Décembre 1941.
Format : 12.6 cm x 114 cm.

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Collection Musée départemental de la Résistance et de la Déportation

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