Hommage à Sylvette Gaillard-Dauriac

Elle était l’une des voix incontournables du Musée. Sylvette Gaillard-Dauriac nous a quitté le dimanche 19 juin 2016 à l’âge de 85 ans. L’équipe du Musée tient à lui rendre hommage, à la remercier et à témoigner toute son affection à cette personnalité hors du commun, qui fût l’un des piliers du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation.

 

Une enfant de la Résistance

Née le 27 octobre 1930 à Luchon, Sylvette a grandi entre le Pays Basque et Toulouse. Pendant la seconde guerre mondiale, elle vit en partie chez sa tante, Marie, et son oncle Sylvain Dauriac (qui est aussi son parrain). Marie et Sylvain Dauriac sont engagés dans la résistance toulousaine, membres de plusieurs groupes, réseaux et mouvements. Sylvette côtoie d’ailleurs pendant l’occupation plusieurs résistants, sans vraiment sans rendre compte, quand certaines réunions se déroulent au domicile des Dauriac, rue Caraman. C’est à cette adresse que Sylvain est arrêté le 24 février 1944 au matin. Sylvette est présente alors que les agents de la Gestapo emmènent son oncle. Marie et elle se réfugient chez des amis, puis Sylvette est renvoyée au Pays Basque jusqu’à la Libération. Elle revient sur Toulouse en septembre 1944. Sylvain Dauriac est déporté par le « convoi des déportés tatoués », le 27 avril 1944 depuis Compiègne vers Auschwitz Birkenau, en Pologne. Il est finalement transféré au camp de concentration de Buchenwald, en Allemagne. Il rentre à Toulouse le 18 mai 1945, très amaigri, mais pourtant toujours décidé à défendre ses idées, ses convictions et désormais la mémoire de ses compagnons déportés.

 

Sylvette, Marie et Sylvain Dauriac après guerre dans les rues de Toulouse.

Une femme moderne et engagée

Sylvette a donc été marquée durant son enfance et son adolescence par ce couple d’humanistes, résolument engagés pour les autres, pour la Liberté et les valeurs de la République. Elle fréquente dans les années d’après-guerre, les camarades anciens résistants et anciens déportés de Marie et Sylvain Dauriac, qui l’amènent aux réunions des amicales et fédérations. Ces années sont déterminantes pour elle. Sylvette épouse le 2 juillet 1949 André Gaillard (qu’elle appelait tendrement « Jimmy »), ancien résistant, rencontré aux Jeunesses Socialistes. Elle entame une carrière au service des Postes et Télécommunications, et s’engage à son tour, dans la lignée de sa tante et de son parrain (ils deviennent ses parents adoptifs par la suite). Membre de plusieurs associations, elle s’emploie durant de longues années à faire vivre la mémoire de la Résistance et de la Déportation. Elle devient une actrice incontournable de la transmission de la mémoire.

 

Sylvette lors d'un témoignage dans la salle de la Déportation.

La transmission de la mémoire, la mission d’une vie

Fidèle aux idées de la Résistance et aux souvenirs de celles et ceux qu’elle a connus dans sa jeunesse, Sylvette a contribué à la création du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation à Toulouse. Elle l’a fait vivre longtemps en ouvrant bénévolement au public avec son mari tous les samedis après-midi. Inlassablement, elle a témoigné plusieurs fois par semaine devant les classes accueillies au Musée. Elle évoquait alors le parcours de Marie et de Sylvain, les souffrances de son oncle, les difficultés que connût sa famille au retour de déportation de Sylvain. Elle achevait toujours son témoignage par un chant, Le Chant des Marais, en hommage aux déportés. Sa voix continue toujours de résonner dans notre salle de la Déportation. Sylvette ne témoignait plus depuis 2013. Cependant, afin de poursuivre ce travail de transmission, elle avait confié une partie de ses archives familiales au Musée à travers la numérisation en 2009 de très nombreux documents et le don de plusieurs originaux. Au delà de ces documents précieux, elle nous lègue l'histoire de ses parents, son histoire personnelle mais aussi un message essentiel : la mémoire est une chaîne qui ne doit jamais se briser.

Portefeuille confectionné clandestinement par un camarade déporté et offert à Sylvain Dauriac au camp de Buchenwald.

Télégramme annonçant le retour de déportation de Sylvain Dauriac (Toulouse, mai 1945).

Nous tâcherons d'être dignes de ses idées, de ses messages. Son souvenir restera présent entre les murs du Musée, dans les cœurs des membres de son équipe. Aujourd’hui, bouleversés par sa disparition, nous rendons hommage à cette femme de convictions et de combats, fière, moderne, déterminée mais aussi tellement drôle, joyeuse et optimiste. C’est une amie très chère que nous perdons, un modèle aussi de persévérance et de ténacité, et enfin une grand-mère de cœur.

L’équipe du Musée adresse ses plus sincères condoléances à sa famille. Nos pensées vont à son fils Daniel, à sa belle-fille Françoise, sa petite-fille Sylvaine et à Luc, à ses arrière-petites filles Anna et Jeanne.

Photographie Sébastien Colombier (2012).